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vendredi 15 décembre 2006

Italie : comprendre les débats en cours

En Italie on assite à une relance du débat autour des questions de fin de vie faussement intitulé debt sur l'euthanasie. Un article du site de TF1 permet de bien comprendre la situation.

La question qui se pose ici est celle du droit d'un patient à s'opposer à un traitement, même si celui-ci est indispensable à son maintien en vie. Il ne s'agit pas d'une demande d'euthanasie (ni même de suicide assisté) mais du droit d'un patient conscient à décider ce qui pour lui même est de l'obstination déraisonnable et ce qui ne l'est pas ...

La loi française d'avril 2005 a permis de clarifier parfaitement ces notions. En France le cas du patient italien maintenu en vie artificiellement et contre son grès par un respirateur serait résolu sans ambage par l'article 3 et 4 de la loi d'avril 2005. Aucun recours à la justice dans la décision (avec la conséquence évidente de confier à des juristes de trancher sur des questions qui relèvent du soin).

Après s'être assuré que le patient avait parfaitement compris les conséquences léthales de sa décision de refuser le maintien de la ventilation artificielle et après que le malade ait réaffirmer sa décision dans un délai raisonnable le médecin aurait l'obligation (et pas la possibilité) d'arréter le respirateur.

Aucune pratique d'euthansie ici. Le simple respect des droits d'un patient à mourir. Par contre bien évidement et contrairement par exemple au geste du Dr Chaussoy dans l'affaire Humbert, la loi française réaffirme bien l'interdiction de provoquer la mort en adminstrant par exemple du potassium. Elle impose au médecin de prodiguer à un malade dans cette situation les soins de confort appropriés (dans ce cas la pratique d'une sédation parait une évidence afin que le patient ne ressente pas une détresse asphyxique).

On voit que si la loi d'avril 2005 mériterait d'être mieux connue en France, elle pourrait aussi inspirer d'autres pays !

vendredi 8 décembre 2006

France : la mort en prison d'un détenu en fin de vie ... Quels soins palliatifs en prison ?

A l'occasion de la mort d'un prisonnier (au passé particulièrement chargé) des suites d'un cancer en phase terminale, B Kouchner revient dans une interview au Nouvel Obs sur les dispositions que "sa" loi (loi du 4/03/2002) avaient prévues pour suspendre la peine  de prisonniers en fin de vie afin qu'ils puissent bénéficier de soins palliatifs de qualité

Il s'agit d'une question interessante : l'accès aux soins palliatifs pour tous (affirmé par la loi de 1999) n'est bien évidement pas une réalité. Il existe en France de nombreuses inégalaités territoriales (certains territoires comme l'Ile de France ou le Nord Pas de Calaiis sont bien mieux dotés que d'autres en structures spécialisées de soins palliatifs ...). Il existe également d'autres inégalités dans cet accès à l'offre de soins palliatifs (par exemple pour les sans domiciles fixes, les précaires, les étrangers en situation irrégulière. C'est le cas de tous ceux qui n'ont ni mutuelle ni CMUC et que les hopitaux refusent d'admettre pour ne pas avoir à supporter le non paiement du forfait journalier en ces périodes de disettes budgétaires.
Et il y a bien sur cette question de l'accès aux soins palliatifs pour les détenus. La position de B Kouchner (que traduit la loi éponyme) c'est qu'on ne peut pas prendre en charge un patient en fin de vie en milieu carcéral. Il convient donc de suspendre sa peine pour qu'il soit pris en charge dans le système de santé habituel. Cette position, qui reflète une position défendue par la CEDH, repose sur le fait que les structures traditionnelles seraient en capacité d'accueillir ces patients : c'est manifestement faux. Devant la pénurie de places en Unités de Soins Palliatifs (demandes plus de 5 fois supérieure à l'offre en ile de france .... c'est dire ce que cela doit etre ailleurs !), il est quasi impossible de faire admettre un détenu bénéficiant d'une suspension de peine en USP. Et qui plus est lorsque ce détenu est un serial killer ou un violeur en série. Une question n'est pas clairement posée : comment une équipe soignante peut sans expérience et sans recul prendre en charge ce type trés particulier de patients ...
Par ailleurs la conception ontologique de la dignité que défendent les promoteurs des soins palliatifs devraient les conduirent à considérer qu'un malade en fin de vie quel que soit son passé judiciaire doit être pris en charge au mieux de ce qu'il est possible de faire ... Mais la réalité est différente. La confrontation entre l'image idéalisé du mourant et la dure réalité des horreurs commises conduit à un dilemme éthique et pratique qui mériterait une réflexion poussée et une confrontation d'expériences.
Une autre piste pourrait être avancée : la mise en ouevre d'une offre de soins palliatifs au sein de la médecine pénitencière : démarche palliative partout où il ya des détenus malades en fin de vie, matérialisé le cas échéant par des lits identifiés de soins palliatifs adapté à la médecine carcérale. Et création au sein de l'hopital de Fresnes (seul hopital pénitenciaire) d'une véritable USP capable de prendre en charge les situations les plus complexes de détenus en fin de vie.


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