En avant première : Zénon a vu le documentaire "Le choix de Jean" et vous livre ses impressions
Par Zenon, mardi 19 avril 2005 à 00:10 :: films ou livres sur l'euthanasie ou les soins palliatifs : donnez votre avis ! :: #41 :: rss
Zénon a visionné le film qui sera diffusé prochainement sur France 2 traitant de la question du suicide assisté tel que pratiqué en Suisse.
Il faut tout d'abord préciser que le film est assez remarquable dans sa forme :
Bref de la belle ouvrage télévisuelle par des gens qui connaissent le métier.
Sur le fond c'est une autre histoire.
Ce qui transpire du film (à condition d'avoir un oeil un tant soit peu averti) c'est l'énorme angoisse de cet homme, traumatisé par la mort d'un de ces grand-pères (il a été terrorisé par le bruit du rale agonique) et de sa mère (marquée par une agonie jugée insupportable). Il craint par dessus tout de se retrouver aux soins palliatifs" (sic !). A défaut que les médecins qui s'occupent de lui (et la femme médecin qui le prend en charge est pourtant remarquable) puissent tels des mages lui prédire au moins la date de sa mort ... c'est lui qui va la fixer. Il va recréer des rites de deuil (travail de remémoration de son enfance, tournée d'adieu des amis, retrouvailles avec son frère quelques instants avant sa mort,...). Il va mettre en scène au sens propre (et la faire filmer pour l'immortaliser !) sa mort sans cette agonie qu'il craignait tant. Il ne va pas mourir ... puisque tout ça, c'est du cinéma ! Et son suicide assisté est bien la seule manière de supprimer ce temps pour lui inutile de l'agonie. Mais le prix à payer pour cette maitrise est le dilemme aporétique du choix du "bon moment". Comment savoir si pour ne pas risquer de s'y prendre trop tard (et de risquer donc de "finir aux soins palliatifs", sa hantise) il ne va pas fixer la date trop tôt. Les bénévoles d'Exit (Admd suisse) lui prodiguent leurs conseils douceureux et on croit entendre les 3 hommes aux fusils de la colline aux suicidés dans l'insoutenable légéreté de l'être (M Kundera, chapitre 11 à 13) qui sont chargés dans le rêve de Téréza de tuer "en douceur" les candidats au suicide

Jean visiblement trés attentif à son apparence ne peut supporter l'idée d'une dégradation physique (hein que j'ai bonne mine ? ). Il va chercher à approcher la mort idéale et l'art de mourir (ars moriendi) du Moyen Age que décrit P Ariès (Histoire de la mort en Occident) ou celle du laboureur de Lafontaine ("Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins ...").
Mais justement en l'occurence ici point d'enfants : ceux de Jean, entrapeçus sur une photo ne sont pas là ... Quelles fractures, quelles souffrances se cachent là, dont on ne nous dit rien. Par pudeur ? Mais on nous montre sa mort trés cruement et pour le moins sans fausse pudeur ... On aurait aimer en savoir davantage sur "l'histoire de Jean" pour éclairer et mieux comprendre peut être "son choix ".
On aurait envie de parler plus que de son "choix", de la "Tentation" de Jean comme on parle de la Tentation de Saint Antoine, illustrée par J Bosch bien sûr, mais aussi par F Rops dans un tableau moins connu qui a fait dire à Freud :
...
Quand à une analogie avec la Tentation de Faust il serait interessant de s'y pencher. Encore une fois n'est-ce pas une certaine forme d'immortalité que Jean recherche dans la mise en image de son suicide assité ? Mais qui jouerait dans cette métaphore le rôle de Mephistos ? la caméra avec qui serait scellé le pacte ?
Le mot de la fin (!) n'est finalement pas celui de Jean ("je n'aurai pas cru que ce soit aussi bien" murmure-t-il en s'endormant) mais bien celui de sa compagne juste après sa mort "il n'aura plus peur maintenant ...". C'est bien de cela dont nous parle le film : de sa peur panique de la mort (bien seul finalement mis à part sa relation trés fusionnelle avec sa compagne, et malgré la caméra, les bénévoles d'Exit et ses collègues de travail) et du paradoxe si commun consistant à ne trouver comme seul échappatoire à la peur de la mort qui ronge la vie, que la mort la plus rapide possible ...pour ne plus avoir peur !
La diffusion de ce document, poignant et bouleversant, ne sera malheureusement pas (comme en Suisse d'ailleurs) accompagnée d'un débat ou au moins d'un éclairage permettant la mise à distance du téléspectateur. En effet ce film, voulu ou à tout le moins fortement encouragé, par les partisans de la légalisation de l'euthanasie (bien qu'on ne parle ici que du suicide assisté) vise une adhésion émotionnelle et non rationnelle aux thèses défendues par EXIT et l'ADMD. Il faut débattre de ce film et donc le regarder ... d'autant que redisons-le, c'est un beau film !
Diffusion le 20 mai vers 22h30 sur France 2.
rendez-vous le 21 Mai pour vos commentaires ici même.
- dosage efficace de plans serrés, intimistes de Jean et de sa "gueule" et présentation sobre de son entourage
- partage de l'intimité du couple flirtant avec le voyeursime sans jamais y tomber
- effets lacrymaux trés efficaces : on est ému et on a envie de pleurer face à cet homme qui va mourir et à sa compagne (histoire tristement banale mais toujours aussi révoltante de la mort qui vient frapper de manière injuste)
- montage dynamique et sans fioriture
Bref de la belle ouvrage télévisuelle par des gens qui connaissent le métier.
Sur le fond c'est une autre histoire.
Ce qui transpire du film (à condition d'avoir un oeil un tant soit peu averti) c'est l'énorme angoisse de cet homme, traumatisé par la mort d'un de ces grand-pères (il a été terrorisé par le bruit du rale agonique) et de sa mère (marquée par une agonie jugée insupportable). Il craint par dessus tout de se retrouver aux soins palliatifs" (sic !). A défaut que les médecins qui s'occupent de lui (et la femme médecin qui le prend en charge est pourtant remarquable) puissent tels des mages lui prédire au moins la date de sa mort ... c'est lui qui va la fixer. Il va recréer des rites de deuil (travail de remémoration de son enfance, tournée d'adieu des amis, retrouvailles avec son frère quelques instants avant sa mort,...). Il va mettre en scène au sens propre (et la faire filmer pour l'immortaliser !) sa mort sans cette agonie qu'il craignait tant. Il ne va pas mourir ... puisque tout ça, c'est du cinéma ! Et son suicide assisté est bien la seule manière de supprimer ce temps pour lui inutile de l'agonie. Mais le prix à payer pour cette maitrise est le dilemme aporétique du choix du "bon moment". Comment savoir si pour ne pas risquer de s'y prendre trop tard (et de risquer donc de "finir aux soins palliatifs", sa hantise) il ne va pas fixer la date trop tôt. Les bénévoles d'Exit (Admd suisse) lui prodiguent leurs conseils douceureux et on croit entendre les 3 hommes aux fusils de la colline aux suicidés dans l'insoutenable légéreté de l'être (M Kundera, chapitre 11 à 13) qui sont chargés dans le rêve de Téréza de tuer "en douceur" les candidats au suicide
Les trois autres irradiaient une indulgente bonhomie. L’un d’eux tenait un fusil à la main. En apercevant Tereza, il lui fit signe avec un sourire : " Oui, c’est ici. "
Elle le salua d’un hochement de tête et se sentit terriblement mal à l’aise.
L’homme ajouta : " Pour qu’il n’y ait pas d’erreur. C’est votre volonté ? "
Il était facile de dire " non, ce n’est pas ma volonté " ; mais il était impensable pour elle de tromper la confiance de Tomas. Quelle excuse invoquer, une fois de retour à la maison ? De sorte qu’elle dit : " Oui. Evidemment. C’est ma volonté. "
L’homme au fusil poursuivait : " Il faut que vous compreniez pourquoi je vous pose cette question. Nous ne faisons ça que lorsque nous sommes certains que ceux qui viennent nous trouver ont eux-mêmes expressément décidé de mourir. Ce n’est qu’un service que nous leur rendons. "
Jean visiblement trés attentif à son apparence ne peut supporter l'idée d'une dégradation physique (hein que j'ai bonne mine ? ). Il va chercher à approcher la mort idéale et l'art de mourir (ars moriendi) du Moyen Age que décrit P Ariès (Histoire de la mort en Occident) ou celle du laboureur de Lafontaine ("Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins ...").
Mais justement en l'occurence ici point d'enfants : ceux de Jean, entrapeçus sur une photo ne sont pas là ... Quelles fractures, quelles souffrances se cachent là, dont on ne nous dit rien. Par pudeur ? Mais on nous montre sa mort trés cruement et pour le moins sans fausse pudeur ... On aurait aimer en savoir davantage sur "l'histoire de Jean" pour éclairer et mieux comprendre peut être "son choix ".
On aurait envie de parler plus que de son "choix", de la "Tentation" de Jean comme on parle de la Tentation de Saint Antoine, illustrée par J Bosch bien sûr, mais aussi par F Rops dans un tableau moins connu qui a fait dire à Freud :
...
"Le graveur a choisi le cas exemplaire du refoulement dans la vie des saints et des pénitents. Un moine ascète s'est réfugié - sûrement pour fuir les tentations du monde - près de l'image du Sauveur crucifié. Alors cette croix s'affaisse comme une ombre et, rayonnante, s'y substituant, s'élève à sa place l'image d'une femme nue aux formes épanouies, également dans la position du crucifiement. D'autres peintres, dont la pénétration psychologique était moindre, ont placé, dans les représentations analogues de la tentation, le péché insolant et triomphant quelque part à côté du Sauveur sur la croix. Seul Rops lui a fait prendre la place du Sauveur lui-même sur la croix; il paraît avoir su que le refoulé, lors de son retour, surgit de l'instance refoulante elle-même..."

Quand à une analogie avec la Tentation de Faust il serait interessant de s'y pencher. Encore une fois n'est-ce pas une certaine forme d'immortalité que Jean recherche dans la mise en image de son suicide assité ? Mais qui jouerait dans cette métaphore le rôle de Mephistos ? la caméra avec qui serait scellé le pacte ?
Le mot de la fin (!) n'est finalement pas celui de Jean ("je n'aurai pas cru que ce soit aussi bien" murmure-t-il en s'endormant) mais bien celui de sa compagne juste après sa mort "il n'aura plus peur maintenant ...". C'est bien de cela dont nous parle le film : de sa peur panique de la mort (bien seul finalement mis à part sa relation trés fusionnelle avec sa compagne, et malgré la caméra, les bénévoles d'Exit et ses collègues de travail) et du paradoxe si commun consistant à ne trouver comme seul échappatoire à la peur de la mort qui ronge la vie, que la mort la plus rapide possible ...pour ne plus avoir peur !
La diffusion de ce document, poignant et bouleversant, ne sera malheureusement pas (comme en Suisse d'ailleurs) accompagnée d'un débat ou au moins d'un éclairage permettant la mise à distance du téléspectateur. En effet ce film, voulu ou à tout le moins fortement encouragé, par les partisans de la légalisation de l'euthanasie (bien qu'on ne parle ici que du suicide assisté) vise une adhésion émotionnelle et non rationnelle aux thèses défendues par EXIT et l'ADMD. Il faut débattre de ce film et donc le regarder ... d'autant que redisons-le, c'est un beau film !
Diffusion le 20 mai vers 22h30 sur France 2.
rendez-vous le 21 Mai pour vos commentaires ici même.
Commentaires
1. Le samedi 21 mai 2005 à 02:19, par Laurent
2. Le samedi 21 mai 2005 à 03:00, par Jean (franco-suisse)
3. Le samedi 21 mai 2005 à 07:59, par Sébastien
4. Le samedi 21 mai 2005 à 11:59, par Charline
5. Le samedi 21 mai 2005 à 14:27, par ronwelthy
6. Le dimanche 22 mai 2005 à 04:34, par le choix de "air"
7. Le dimanche 22 mai 2005 à 09:45, par lionpitch
8. Le lundi 23 mai 2005 à 07:40, par francoise
9. Le jeudi 26 mai 2005 à 14:40, par Pierrot
10. Le vendredi 27 mai 2005 à 04:26, par Sandrine
11. Le mardi 31 mai 2005 à 15:41, par KITOU
12. Le mardi 7 juin 2005 à 14:31, par MARIE
13. Le jeudi 16 juin 2005 à 10:07, par Frédéric
14. Le vendredi 12 août 2005 à 22:15, par Eric
15. Le mardi 1 novembre 2005 à 15:36, par hervé
16. Le samedi 5 novembre 2005 à 00:48, par Michel
17. Le mardi 6 décembre 2005 à 15:15, par Hélène
18. Le mardi 3 janvier 2006 à 19:00, par violetta
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